Jean SALWA a été embauché en 1949 chez un coulissier, appelé aussi à l’époque courtier en valeurs mobilières, puis chez un agent de change. Il a été dirigeant syndical, représentant les 5 000 salariés de la Bourse. Cette expérience lui a permis de connaître de l’intérieur les différents rouages de la Bourse et de participer à ses évolutions et à ses réformes pendant plusieurs décennies.
Le marché d’actions « hors cote » a permis à de nombreuses entreprises, telles que Accor, Club Méditerranée, Michelin, Danone, etc., de s’acclimater à la Bourse. Aujourd’hui, il est appelé Euronext Access et reste toujours un outil d’acclimatation à la Bourse.
Fort de son expérience exceptionnelle et d’une connaissance approfondie du marché « hors cote », CIIB a développé les Carnets d’Annonces, permettant aux entreprises non cotées d’organiser la rencontre entre acheteurs et vendeurs de leurs actions et de favoriser ainsi leur financement en fonds propres et la liquidité de leurs titres.
Cette initiative s’inscrit dans la continuité de l’histoire du marché « hors cote », dans laquelle CIIB a joué un rôle important en accompagnant les entreprises dans leur développement, leur financement en fonds propres et leur accès progressif aux mécanismes de la Bourse.
Découvrez comment le marché « hors cote » est devenu successivement Marché Libre puis Euronext Access, tandis que le Second Marché puis Alternext ont préfiguré Euronext Growth, à travers cette histoire racontée notamment par Jean Salwa, entré à la Bourse de Paris en 1949, à une époque où la Coulisse existait encore.
La Coulisse de la Bourse de Paris
Le marché de la Coulisse, animé par les courtiers puis les coulissiers, a contribué à faire de la place de Paris une référence internationale au XIXe siècle. Jean Salwa entre précisément dans cet univers en 1949, lorsqu’il est embauché chez un coulissier, avant de rejoindre un agent de change.
Des premières sociétés par actions aux « changeurs »
Si les premières sociétés par actions apparaissent dans la Rome antique sous le nom de Societates Publicanorum, ou encore « Publicains », environ 500 ans avant J.-C., ce n’est qu’en 1399 que se constitue en France une première société par actions : les Moulins de Bazacle, à Toulouse. Les habitants mettent en commun leurs moyens pour exploiter des moulins à eau destinés notamment à transformer le blé en farine.
Les actions étaient matérialisées par des attestations nominatives et pouvaient être cédées de gré à gré. Elles étaient notamment échangées sous les auspices d’intermédiaires appelés « changeurs », qui s’occupaient de l’échange des différentes monnaies circulant dans le royaume, mais également de la négociation de fonds publics, de lettres de change ou d’effets de commerce. Ils accordaient aussi des prêts et mettaient en relation acheteurs et vendeurs.
La profession était libre et les changeurs percevaient une commission sur les transactions, constituant leur rémunération.
C’est à partir du règne d’Henri II (1547-1559) qu’un début de réglementation des changeurs contribue progressivement à faire émerger la profession d’agent de change. Une première liste officielle sera établie à la fin du XVIIe siècle.
Parallèlement, les premières bourses de marchandises se développent.
- 1531 – À Anvers apparaît une grande Bourse ouverte aux négociants de différents pays européens, où se traitent toutes sortes de marchandises.
- Des Bourses se développent également à Lyon, Toulouse, Rouen et Bordeaux.
À l’origine, ces Bourses sont donc essentiellement des lieux d’échanges pour les marchands de marchandises, avant de s’étendre progressivement aux transactions portant sur des valeurs mobilières.
Les premières grandes sociétés et l’apparition des courtiers
À la fin du XVIe et au début du XVIIe siècle se développent de grandes compagnies commerciales par actions. La Compagnie anglaise des Indes orientales constitue l’un des exemples les plus importants de cette évolution. De petits actionnaires peuvent progressivement rejoindre les investisseurs initiaux et partager avec eux les risques et les bénéfices de l’entreprise.
En France, de nombreuses compagnies de commerce international voient également le jour, telles que la Compagnie du Sénégal, la Compagnie de Saint-Christophe ou encore différentes compagnies maritimes et coloniales.
Au début du XVIIIe siècle, le financier écossais John Law contribue à développer en France l’utilisation de titres au porteur, cessibles beaucoup plus facilement de gré à gré, facilitant ainsi les transactions entre particuliers et leur accès à un public plus large.
La spéculation autour de la Compagnie des Indes conduit toutefois à l’effondrement du système de Law en 1720. Cette crise marquera durablement le rapport des Français aux placements financiers.
Avant l’existence de Bourses de valeurs mobilières organisées, l’achat et la revente d’actions se font également dans la rue, entre particuliers et par l’intermédiaire de courtiers, qui seront plus tard également appelés coulissiers.
À Paris, la rue Quincampoix, près du Châtelet, devient ainsi un important lieu de rencontre entre particuliers, spéculateurs, courtiers et investisseurs venus notamment négocier les titres de la Compagnie des Indes.
Agents de change, courtiers et coulissiers et apparition du Hors Cote
En 1825, le Palais Brongniart, destiné à accueillir la Bourse de Paris, entre en activité. Les agents de change disposent du monopole des négociations officielles, tandis que les courtiers travaillent notamment à l’extérieur et autour du Palais.
Ces courtiers, puis coulissiers, jouent progressivement un rôle important dans la négociation de valeurs qui ne sont pas admises à la cote officielle.
À la fin du XIXe siècle, leur activité est progressivement reconnue et organisée. Ils publient notamment leurs propres cotes et contribuent largement au financement du commerce, de l’industrie et des entreprises en développement.
En 1920 apparaît sur leurs publications une rubrique appelée « Hors Cote ».
L’activité du Hors Cote se développe considérablement. On y trouve notamment des actions de mines d’or d’Afrique du Sud, des emprunts russes, le canal de Suez et de Panama, des mines de charbon régionales, ou encore des compagnies de chemins de fer françaises, telles que le PLM ou la Compagnie des chemins de fer du Nord.
En 1945, les courtiers sont autorisés à négocier des valeurs mobilières à l’intérieur du Palais Brongniart. Ils exercent alors sous l’appellation de Courtiers en valeurs mobilières.
En 1961, leur activité porte sur plusieurs centaines de valeurs françaises et étrangères ainsi que sur différentes opérations à terme, obligations et autres titres. Le Hors Cote constitue alors un véritable marché d’acclimatation pour de nombreuses entreprises.
En 1962, les 47 courtiers en valeurs sont absorbés par les agents de change.
La France dispose alors de plusieurs places boursières régionales : Bordeaux, Lille, Lyon, Marseille, Nancy, Nantes et Paris, auxquelles sont associés des marchés Hors Cote.
En 1967, la COB – Commission des opérations de Bourse est créée afin d’assurer la surveillance des opérations et de l’information financière des sociétés faisant publiquement appel à l’épargne. Elle deviendra en 2003 l’Autorité des marchés financiers – AMF.
1981 : Jean Salwa, Jacques Delors et la réflexion qui précède le Second Marché
1981 – L’annonce de la nationalisation de grandes entreprises cotées suscite des inquiétudes quant à l’avenir des activités et des emplois de la Bourse. Jean Salwa, alors vice-président de la CFDT Bourse et représentant de l’intersyndicale, rencontre Jacques Delors, ministre de l’Économie et des Finances.
Lors de cette rencontre, Jean Salwa expose notamment ses idées sur l’utilisation de la Bourse et du Hors Cote pour orienter l’épargne vers les PME, renforcer leurs fonds propres et développer de nouvelles activités boursières.
Jacques Delors impulse alors les travaux de la Commission pour le développement et la protection de l’épargne, présidée par David Dautresme.
La lettre de mission adressée à la Commission en septembre 1981 lui demande de réfléchir au développement et à la protection de l’épargne ainsi qu’aux conditions permettant de mieux orienter celle-ci vers le financement de l’économie.
Jean Salwa participe personnellement aux travaux de cette Commission, où il figure en qualité de conseiller en placements financiers.
Le rapport Dautresme et les PME
La Commission consacre une partie importante de ses travaux au financement en fonds propres des petites et moyennes entreprises, au développement d’un véritable marché secondaire des actions et au rôle des Bourses régionales. Elle recommande notamment de favoriser leur intégration dans des « places financières de proximité au service des PME ».
Le rapport estime également indispensable qu’existe un marché des actions actif permettant au capital de circuler et souligne l’importance du marché secondaire pour assurer la liquidité et la mobilité des capitaux.
Ces réflexions participent aux travaux qui conduiront, environ dix-huit mois plus tard, à la création du Second Marché.
Du Hors Cote d’acclimatation au Second Marché
1982 – Le CIB développe le concept de Hors Cote d’acclimatation pour permettre à des entreprises en croissance de se familiariser progressivement avec les mécanismes du marché boursier, l’information financière et la présence d’actionnaires extérieurs.
En septembre 1982, le Centre d’informations boursières, animé par Jean Salwa, organise également un dîner-débat consacré à l’ouverture de la Bourse aux PME-PMI. L’événement est relaté par Les Échos dans son édition du 23 septembre 1982 sous le titre « La Bourse doit s’ouvrir aux PME-PMI ».
1983 – Le CIB crée l’association Love Money, destinée à favoriser l’investissement direct de particuliers dans les PME, la rencontre entre dirigeants et investisseurs et le développement d’un actionnariat individuel de proximité.
1983 – Environ dix-huit mois après l’ouverture des travaux de la Commission Dautresme impulsée par Jacques Delors, le Second Marché est créé sur les différentes places boursières françaises. Il doit permettre aux entreprises en croissance d’accéder plus facilement au financement en fonds propres et à la Bourse tout en conservant leur indépendance.
1982 à 1988 – Le CIB passe de 1 à 30 salariés et accompagne l’introduction et le suivi sur les Bourses régionales de 54 PME, parmi lesquelles Systran, Delta Dore, TEAM, Horo Quartz, Clen, Acial, Normerel et de nombreuses autres entreprises.
Le CIB apporte également à l’agent de change FERRI plusieurs entreprises, notamment Clarins, Zodiac et Miko, dont celui-ci réalisera l’introduction en Bourse.
1986 – Le développement du CIB, du Second Marché et du Hors Cote d’acclimatation accompagne le retour massif de l’actionnariat individuel en France. Cette évolution précède et accompagne également la première grande vague de privatisations, qui contribue à élargir encore le nombre d’actionnaires particuliers.
À la fin des années 1980, la France compte environ 9 millions d’actionnaires individuels.
1989 – Les Bourses régionales perdent progressivement leur autonomie avec l’informatisation et la centralisation des marchés. Le monopole des agents de change disparaît et ceux-ci sont remplacés par les Sociétés de Bourse, dont beaucoup seront ensuite reprises ou contrôlées par les banques.
Dans le même temps, les particuliers sont de plus en plus orientés vers des produits de gestion collective et des fonds d’investissement, au détriment de l’actionnariat direct dans les entreprises.
1991 – Le CIB lance une mini-Bourse sur Minitel, permettant d’organiser la rencontre entre acheteurs et vendeurs d’actions de PME. Cette expérience préfigure les futurs systèmes électroniques de mise en relation développés par CIIB.
1996 – Le Nouveau Marché est créé pour accueillir notamment des entreprises innovantes et à fort potentiel de croissance recherchant des capitaux.
1998 – Le Hors Cote laisse place au Marché Libre.
2005 – Le Second Marché et le Nouveau Marché disparaissent dans le cadre de la réorganisation des marchés d’Euronext. La même année est créé Alternext, spécialement destiné aux petites et moyennes entreprises souhaitant accéder au marché financier dans un cadre adapté.
2015 – De nouvelles dispositions législatives ouvrent des possibilités pour le développement de plateformes et de marchés de proximité adaptés au financement des entreprises.
2017 – Le Marché Libre devient Euronext Access. Alternext devient Euronext Growth, tandis qu’un compartiment intermédiaire, Euronext Access+, est également proposé.
2020 – CIIB lance ses mini-Bourses autonomes et personnalisées – les Carnets d’Annonces – pour chaque entreprise, accessibles sur Internet, avec l’objectif de retrouver sous une forme moderne une partie des fonctions autrefois exercées par le Hors Cote et les Bourses régionales.
Une continuité jusqu’aux Carnets d’Annonces
Fort de plusieurs décennies d’expérience du marché des actions non cotées et des anciennes Bourses régionales, CIIB propose aujourd’hui aux entreprises de renouer directement le lien entre l’entreprise, ses actionnaires et les investisseurs susceptibles de renforcer ses fonds propres.
Les Carnets d’Annonces prolongent sous une forme numérique une partie des mécanismes historiques du Hors Cote et des Bourses régionales : ils permettent à une entreprise d’organiser, sur son propre site Internet, la rencontre entre actionnaires souhaitant vendre et investisseurs souhaitant acheter.
Ils permettent ainsi d’organiser une liquidité des actions non cotées, tout en donnant à l’entreprise la possibilité de développer progressivement son actionnariat et de préparer, lorsqu’elle le souhaite et lorsque sa situation le permet, une étape ultérieure vers un marché boursier tel qu’Euronext Access.
Ce dispositif s’inscrit dans la continuité de l’activité développée par Jean Salwa et le CIB en faveur du financement des PME par l’épargne individuelle, de l’actionnariat direct et de l’existence d’un marché secondaire adapté aux entreprises non cotées.
Il constitue également, sous une forme numérique et décentralisée, un prolongement de l’idée de places financières de proximité au service des PME défendue dès le début des années 1980.
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